Une répartition plus équitable de la charge fiscale profite à tous

Il y a de bonnes chances que la fiscalité mondiale joue un rôle important dans la correction des effets négatifs d’une mondialisation fondamentalement positive.
La faiblesse de l’Organisation mondiale du commerce (OMC) est déplorable. Cela pourrait s’expliquer par le fait que la musique joue actuellement plus dans le domaine de la fiscalité. Certes, la première déclaration officielle (à l’époque encore le G7), qui a fait de l’évasion fiscale un problème prioritaire, remonte à 1996. Le fait que 140 pays aient accepté aujourd’hui les règles de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) relatives à l’imposition mondiale des multinationales est un grand pas en avant.
Encouragé par cette étape, le groupe de pilotage de l’OCDE envisage également des projets de suivi dont l’urgence et la pertinence ne nécessitent pas trop de travail de persuasion. Il s’agit de défis qu’un État ne peut relever individuellement par crainte légitime d’être désavantagé sur le plan de la concurrence. Ils ont besoin d’une coordination transnationale si la communauté des États ne veut pas s’enliser dans un enchevêtrement confus de solutions nationales individuelles et d’accords bilatéraux.
L’énergie doit rester abordable
Tout d’abord, les efforts en faveur d’un système fiscal plus écologique. Les comportements respectueux de l’environnement et les innovations correspondantes doivent être récompensés et les pratiques préjudiciables à l’environnement doivent être sanctionnées. Il convient de tenir compte des situations nationales et d’éviter toute distorsion dans la transition vers une économie à zéro émission, qui touche différents pays, industries et groupes de population.
L’énergie doit rester abordable, le prix du carbone et l’échange de droits d’émission doivent être normalisés et coordonnés au-delà des frontières afin d’éviter des effets négatifs sur le commerce mondial. Une fiscalité favorable au climat devrait également permettre de mieux comprendre comment d’autres ajustements sont possibles pour atteindre les objectifs de développement durable des Nations unies.
Le président américain Joe Biden pourrait saisir l’occasion qui lui est offerte de s’attaquer à ses propres paradis fiscaux avec la même détermination.
Deuxièmement, le groupe de l’OCDE évoque le recalibrage de la TVA. Les recettes correspondantes, qui représentent en moyenne un tiers des recettes fiscales de l’État, ont fortement diminué en raison du commerce en ligne. La pandémie a continué de l’amplifier. Les distributeurs stationnaires subissent également des pressions. Les premières directives visant à résoudre ce problème sont déjà mises en œuvre dans près de soixante-dix pays, avec des expériences toujours positives, y compris pour les magasins locaux. Les efforts doivent donc être intensifiés.
Ensuite, le groupe de la fiscalité souligne la nécessité déjà reconnue d’une coopération transfrontalière en matière d’imposition des grandes fortunes privées. L’échange automatique d’informations, développé à la suite de la crise financière et qui a définitivement mis fin au secret bancaire suisse, a constitué un grand pas dans cette direction.
Une gigantesque chasse à l’argent des contribuables
La prochaine étape consistera à améliorer l’imposition de ces actifs dans les pays en développement et les pays émergents, à accélérer la progressivité et à mieux cibler l’imposition de la fortune, de l’immobilier, des revenus du capital et des successions. Parallèlement, il s’agira d’aider les pays dont l’administration fiscale est faible ou inexistante à mettre en place une telle administration. Un groupe travaille sur le support numérique de ces projets.
Tout cela ressemble à une gigantesque chasse à l’argent des contribuables, et c’est en partie le cas. À l’inverse, nul ne peut nier que l’implacabilité avec laquelle sont imposés les revenus gérables est contraire à la possibilité de recourir à des mécanismes sophistiqués d’évasion fiscale. Ces pratiques, qui sont très souvent légales, peuvent être revues à la baisse et réparties plus équitablement la charge fiscale, profitent à tous, y compris aux classes moyennes politiquement plus calmes, parce qu’elles travaillent dur et autosuffisantes.
La volonté semble exister
Pour que de tels projets soient couronnés de succès, il faut une volonté politique et une organisation qui s’y engage de manière systématique et résolue. Les deux semblent exister à l’heure actuelle. Certes, le ministre des finances, Ueli Maurer, a été encouragé par sa proposition d’inclure la taxe sur le CO2 dans la fiscalité des entreprises. Mais il fait partie, avec 61 collègues d’autres pays, d’une initiative qui fait avancer le sujet. Et le président américain Joe Biden, qui a fait de la fiscalité des entreprises une priorité mondiale, pourrait saisir cette occasion pour s’attaquer aux paradis fiscaux nationaux avec la même détermination.
Il y a donc de bonnes chances que la fiscalité mondiale contribue de manière significative à corriger les effets négatifs d’une mondialisation par ailleurs positive.