Les entreprises ont le plus grand levier pour lutter contre la crise climatique

Des conditions-cadres pourraient être créées grâce à une taxe sur le CO2 modérée et à des mesures d’incitation à l’innovation verte. Ces derniers doivent également être exportés vers les pays en développement et les pays émergents pour être efficaces.
Une question qui préoccupe l’Allemagne après les élections, tout comme la Suisse : qui va payer pour les mesures de protection du climat ? Faut-il, selon la préférence des Verts, politiser la gauche comme la gauche, que ce soit l’État? Ceux qui paient des impôts ? Ou les coûts devraient-ils être imputés au moyen d’une taxe sur le CO2 selon le principe du pollueur-payeur, comme le souhaitent les parties favorables à l’économie? Pour consommer encore plus consciemment, mais surtout pour encourager l’industrie à investir dans l’innovation éco-efficace?
S’il s’agissait de l’économiste français Philippe Aghion, la réponse serait claire. Pour le chercheur qui reprend la théorie de la «destruction créative» de Joseph Schumpeter, il est clair que ce sont les entreprises qui ont le plus grand levier d’innovation pour lutter contre le réchauffement climatique – si elles ont les bonnes incitations.
Dans le livre qu’il vient de publier en anglais, qu’il a écrit avec Céline Antonin et Simon Bunel, il présente de nombreuses données sur le lien entre la politique climatique et l’innovation économique. L’analyse de l’évolution du secteur automobile au cours des quarante dernières années est exemplaire.
Tout d’abord, les auteurs constatent que la grande majorité des entreprises poursuivent leurs recherches dans le domaine où elles disposent déjà d’un certificat de performance. Sans les incitations de l’État, ils ne quittent pas leur chemin. En revanche, les auteurs soulignent que les préférences des consommateurs et la pression sociale incitent à certains ajustements.
En se basant sur des enquêtes de population, des études sur l’évolution des valeurs et l’évolution de l’industrie dans plus de quarante pays, ils peuvent montrer que les préoccupations exprimées par les consommatrices ont certainement encouragé l’industrie à devenir plus verte au cours des trente dernières années.
La pression de l’opinion publique ne suffit pas
Une déclaration publique – même si elle ne va souvent pas au-delà d’une déclaration de pure forme, comme l’a montré le vote de juin sur la loi sur le CO2 – a également un certain effet. Toutefois, il ne faut pas le surestimer, car les données relatives aux États-Unis montrent également que le gaz de schiste récemment découvert, qui émet moins de CO2 et a entraîné une baisse des prix de l’énergie, a rapidement ralenti les efforts en la matière.
Pour déterminer l’impact d’une taxe sur le CO2 sur l’innovation dans le secteur automobile, les auteurs ont réalisé des simulations. Elles ont montré qu’il aurait fallu déjà augmenter le prix de l’essence de 40 pour cent (!) en 2005 pour compter plus de brevets «verts» que «fossiles» à partir de 2020. Une telle mesure n’aurait jamais pu être appliquée à l’époque et, aujourd’hui encore, elle n’aurait aucune chance.
Alors, que faut-il faire? Étant donné que la pression publique ne suffit pas à elle seule et que des variations extrêmes des prix sont exclues, les auteurs plaident en faveur d’une double approche: une taxe carbone modérée et des incitations à l’innovation verte. Pour être efficaces, ces derniers doivent également être exportés vers les pays en développement et les pays émergents, à un prix abordable pour ceux-ci.
Éviter les «oasis d’émissions»
Toutefois, comme cela ne permet pas aux inventeurs d’utiliser leur pension d’innovation, ils doivent être indemnisés pour leurs investissements. En outre, pour éviter que les pays ne se positionnent comme des «paradis d’émissions» (une belle analogie avec les «paradis fiscaux») et ne tolèrent, sinon la pollution incontrôlée, les pays doivent se concerter au niveau international.
Les auteurs font référence au prix Nobel d’économie William Nordhaus, qui avait lancé l’idée d’un «club climatique»: un regroupement de pays s’engageant mutuellement sur des taxes sur le CO2 et des droits de pénalisation, ainsi que sur des objectifs communs. Son modèle de fixation du prix du carbone repose sur des estimations scientifiques des effets du changement climatique, mais aussi sur l’effet de levier de l’innovation technologique constante. Les coûts estimés sont donc modérés.
Sa proposition n’est pas restée sans réponse. Il y a quelques jours, l’économiste Veronika Grimm a demandé à l’Allemagne d’agir sur le climat au niveau européen et d’unir l’Europe, les États-Unis et la Chine dans ce domaine, par exemple dans un club climatique. Qui sait: peut-être le prix Nobel d’économie et les preuves économiques contribueront-ils à faire enfin quelque chose, à un coût raisonnable? Dans ce cas, la Suisse pourrait également envisager de «se joindre» à une telle initiative – ou, puisqu’il ne s’agit que d’un club, peut-être même d’en devenir membre!