22.01.2023

Pour les millionnaires qui veulent payer des impôts

Les riches veulent être taxés – enfin. Et ce, en bonne et due forme et le plus rapidement possible. C’est du moins ce que demandent plusieurs personnalités très riches.

Les pauvres de ce monde peuvent se réjouir. Tout comme la classe moyenne. Et encore plus les gouvernements. Car les riches veulent enfin être taxés. Et ce, en bonne et due forme et le plus rapidement possible. C’est du moins ce que demandent plusieurs personnalités très riches qui se sont regroupées pour former les réseaux : „Patriotic Millionaires“, „Millionaires for Humanity“ et „Tax Me Now“.

Ces jours-ci, dans le cadre du WEF, ces réseaux s’adressent à leurs pairs dans une lettre ouverte intitulée „In Tax We Trust“ et leur demandent de soutenir leur cause afin que les responsables poli-tiques s’en préoccupent enfin.

Pression publique

Ils sont choqués par l’augmentation des inégalités, surtout après Co-vid. Pour justifier leur demande, ils se réfèrent par exemple au World Inequality Report, à des statistiques internationales et natio-nales spécifiques ou encore au dernier rapport de l’organisation caritative Oxfam, qui a attiré l’attention du public avec son titre „L’inégalité tue“. Sur les plateformes web, ils se présentent avec leur nom, ils communiquent les valeurs qu’ils se sont engagés à respecter, ils publient des informations et des articles pertinents et ils financent des campagnes. Ils veulent faire pression sur le pu-blic.
Je me demande s’ils obtiendront ainsi l’impact qu’ils souhaitent. Et surtout, est-ce la seule chose qu’ils peuvent faire ? En d’autres termes, utilisent-ils leurs capacités – notamment financières – de manière efficace et effective ? Car après tout, celui qui peut dépen-ser de l’argent (au lieu de devoir l’acquérir et le collecter laborieu-sement) dispose d’un levier financier très direct.

Avec de l’argent, on peut faire bouger beaucoup de choses – et avec beaucoup d’argent, d’autant plus vite. Plus que par la com-munication d’objectifs, de valeurs et de préoccupations sous forme de campagnes. L’argent permet d’aborder des projets sérieusement et correctement, par exemple en permettant l’embauche de per-sonnes qualifiées ce qui est un atout pour résoudre des problèmes complexes.

Il faut du temps pour établir les contacts nécessaires, lancer des projets et modifier des structures – du temps pendant lequel on doit pouvoir se consacrer entièrement à cette tâche et ne pas avoir à chercher d’autres sources de revenus. Il faut une infrastructure de base à partir de laquelle on peut travailler efficacement. Et il faut de l’argent pour faire fonctionner correctement tous ces pro-jets et initiatives qui existent peut-être déjà mais manquent de moyens.

Sans conseillers, sans bureaucratie, sans fondation

MacKenzie Scott, l’ex-femme du fondateur d’Amazon Jeff Bezos, montre l’exemple. Elle distribue beaucoup d’argent à des organisa-tions dont elle partage les préoccupations et auxquelles elle fait confiance pour faire ce qu’il faut avec. Elle le fait sans conseillers, sans contrôleurs, et sans bureaucratie. Elle n’a même pas créé de fondation, car elle ne veut pas s’embêter avec de nombreuses di-rectives. Que pourraient donc faire les millionnaires qui souhaitent être imposés ?

Tout d’abord, ils pourraient – à l’instar de MacKenzie Scott – finan-cer directement des projets, des organisations et des structuresafin de résoudre les problèmes qui les préoccupent. Ensuite, ils pour-raient financer ou créer des unités organisationnelles qui s’occupe-raient de ces projets au plus haut niveau technique et politique et les mettraient en œuvre de manière coordonnée au niveau mondial. Celles-ci pourraient être situées au sein des institutions politiques internationales responsables de la fiscalité internationale comme le G20, l’OCDE et l’UE. Avec le lancement de l’impôt minimum mondial pour les entreprises, ces organismes ont montré qu’ils pouvaient agir rapidement si cela s’avérait nécessaire. Ils ne s’op-poseraient donc guère à un tel projet.

Une demande sérieuse

En principe – et ce serait la véritable preuve du sérieux de la de-mande – les millionnaires engagés pourraient tout simplement payer des impôts, si ce n’est de manière obligatoire, alors de ma-nière volontaire.
Cela signifierait simplement verser le pourcentage sur lequel ils souhaitent être imposés à l’Etat dans lequel ils vivent, chaque an-née et sans faire de vagues – jusqu’à ce que la loi l’exige. En fait, ils devraient faire ce que font tous les autres contribuables : verser à la fin de l’année ce que l’Etat exige. Car c’est ce que signifie payer des impôts : remettre l’argent aux gouvernements pour qu’ils puis-sent faire ce qu’ils pensent être juste et ce pour quoi ils ont été élus. Ce serait dans l’esprit de leur lettre si ils sont vraiment convaincus que payer des impôts est la meilleure stratégie.

Geld & Geist, chronique dans la NZZ am Sonntag